Drogues et catharsis

Depuis quelque temps, et grâce à des collègues bien avisés, j’ai découvert qu’on pouvait gagner des places de spectacles avec France Inter et France Culture via facebook (non non, je n’y passe pas ma vie… juste le temps où je ne dors pas…). Hier soir, cela m’a permis d’assister à une représentation théâtrale, Les quatre jumelles au Théâtre de la Bastille. Je m’y suis rendue gaiement ( l’effet gratuité) sans connaître ni le texte, ni le metteur en scène, et sans attentes aucunes, si ce n’est la promesse d’un spectacle surprenant à dimension intellectuelle, radio publique oblige. Et je n’ai pas été déçue.

Première surprise : dès son entrée dans la salle, le spectateur est invité à pénétrer dans un espace circulaire, rappelant fortement les arènes antique. En prenant place, on comprend rapidement qu’on sera proche de l’action, voire même que l’on sera probablement amené à prendre part au spectacle.

Voici une photo (floue pour le charme) qui vous permettra de mieux vous représenter le « décor » : un espace circulaire noir au centre et une sphère blanche réfléchissante en son sein. Un décor minimaliste, en noir et blanc, deux tons qui prendront tout leur sens avec l’expérience théâtrale qui va suivre.

Commencent alors 50 min d’un voyage dans les limbes de la drogue, de la mort, de la solitude et les vicissitudes de l’âme humaine. Les quatre jumelles, Joséphine et Fougère d’une part, Leila et Maria d’autre part, se retrouvent dans une sorte de huis-clos sans histoire, livrées aux délires de la drogue et à la mort qui ne vient pas. Tout est violence, verbale et physique, sublimée par le grotesque d’une situation qui n’en finit pas de se répéter comme un disque rayé. Les costumes et les comédiens (trois des quatre jumelles sont interprétées par des hommes) sont comme des pantins, dont les vêtements blancs et transparents pendent sur des corps diminués et finalement interchangeables.

Si ce spectacle est fascinant, celui que présente l’assistance ne l’est pas moins non plus. En effet, dès les premiers instants des rires s’élèvent et ne se tariront pas jusqu’à la fin. Si occupée à tenter de comprendre ce qui se déroulait sous mes yeux, je n’ai d’abord pas compris ce qui pouvait susciter ce rire. La gêne ? Le désir de distanciation ? Le pathétique de la répétition ? Surement un mélange de tout cela, car in fine ce qui apparaît c’est la dimension profondément cathartique de cette expérience. Chaque spectateur se retrouve, à travers ces personnages qui n’ont plus grand chose d’humain et qui pourtant le sont si profondément, placé devant ses propres failles, et se retrouve amené à questionner ses propres liens avec l’autre et son rapport à la vie et à la mort, qui est ici tournée en dérision mais qui n’est jamais fin.

« J’ai remis le nez dans Copi, Les Quatre jumelles, ou comment dire la rutilante absurdité de nos vies en assassinant un personnage toutes les dix minutes, ce qui, avec Copi, provoque un rire aussi inextinguible qu’inexplicable. Il faut dire qu’ils ressuscitent vite fait. Pourquoi rit-on des ébats et des crimes de quatre improbables junkies, aux sexes indéfinis, aux mœurs dissolues, à la méchanceté bien établie, et qui s’entretuent avec joie et constance ? Mystère et boule de gomme. C’est la grâce de Copi d’aborder le pire par le rire, ou le rire par le pire, et, avec ses personnages, ses créatures, ses divines, extrêmement minoritaires de par nos rues et nos théâtres, de dire le désordre hilarant du monde que nous tous, les gens normaux, fabriquons allègrement invivable.
Comment on fera tout ça ? Comme on pourra. Et toc ! »
Jean-Michel Rabeux, metteur en scène

Je ne saurai dire si j’ai aimé ou pas, et je ne pense pas que ce soit là le but attendu de cette représentation. Mais j’ai douté, je me suis interrogée et c’est cela tout le sens de l’expérience : se sentir bousculé par un texte qui met en avant l’absurdité de nos vies. Si comme moi, vous aimez être un peu malmené et vivre un moment théâtral différent : courrez-y !

Infos pratiques : Les Quatre Jumelles, texte de Copi, mise en scène de Jean-Michel Rabeux. Du 21 mai au 23 juin 2012 à 21h au Théâtre de la Bastille. Durée 50 min. Plus d’infos ici.

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